Écrire pour un théâtre de papier — Chantal Dupuy-Dunier / Writing for a Theatre of Paper — French Poet Chantal Dupuy-Dunier

French

Une autre question, peut-être trop générale… Je me demandais si vous pourriez parler d’une évolution dans votre façon de concevoir et d’écrire la poésie depuis, disons, vingt ans ? Certains de vos poèmes dans Ephéméride se tournent vers l’acte même d’écrire tandis que d’autres semblent plus ancrés dans la matière et les événements du quotidien. Ces deux pôles forment-ils un constant pour vous ?

En vingt ans, mon approche de la poésie a, bien sûr, évolué. Elle a mûri en même temps que moi et bénéficié de lectures nouvelles. Comme je l’ai dit, dès le début, dans mes poèmes, je me suis tournée vers l’acte d’écrire lui-même. Mais comme il fait partie de mon quotidien, il n’y a pas de véritable opposition avec les autres thèmes.

Cronce, petit village d’Auvergne en France
(avec l’aimable autorisation de l’auteur)

J’ai traversé une période ésotérique pendant laquelle j’ai produit des textes hermétiques. Je ne faisais pas de l’hermétisme pour faire de l’hermétisme, mais pour « en passer par là » et ouvrir ensuite, avec ces clés, d’autres portes, vers autre chose.

« Autre chose » est venue avec la rencontre de mon mari, écrivain donc, littéraire, qui m’a dit : « Ce que tu écris est beau, mais je n’y comprends rien ! » Une sacrée remise en question, j’ai orienté mon écriture vers davantage de lisibilité.

« Autre chose » est également venue avec notre vie, pendant dix années, à Cronce, un lieu presque improbable, un village minuscule, perdu, une sorte d’île, d’Utopie justement. Notre maison était très isolée au milieu d’une nature sauvage. Je me suis attachée à un quotidien différent de celui que l’on connait dans une ville, plus proche des saisons, de la végétation, des animaux. Un quotidien fait de beaucoup d’écriture (nous disions que Cronce était notre « résidence d’auteurs », nous avions fort peu de sollicitations extérieures) et d’actes simples comme cueillir des baies, faire des confitures, mettre des bûches dans le poêle à bois. L’habitation était modeste, composée simplement du nécessaire. Nous étions à l’écart de la société de consommation et les choses qui échappaient à cette société de consommation n’en prenaient que plus d’importance.

Et vos projets actuels ? Quels sont les thèmes qui apparaissent dans votre écriture maintenant ?

J’ai traversé une période ésotérique pendant laquelle j’ai produit des textes hermétiques. Je ne faisais pas de l’hermétisme pour faire de l’hermétisme, mais pour « en passer par là » et ouvrir ensuite, avec ces clés, d’autres portes, vers autre chose.

L’année prochaine paraîtra chez Flammarion Mille grues de papier, un ouvrage aussi volumineux qu’Éphéméride. Il est construit autour de l’histoire de Sadako Sasaki et du thème de la mort. Thème récurent dans mes écrits, que j’ai traité sous toutes ses formes, même ironiquement et avec insolence dans Où qu’on va après ? (Editions Cadex / L’Idée bleue). Dans Celle, mon dernier recueil, je donne la parole à la mort. Elle devient le poète suprême puisque c’est elle qui a toujours le dernier mot.

J’ai commencé Ferroviaires dans lequel j’écris sur des voyages en train ordinaires afin de débusquer la poésie sous les choses jugées banales. J’ai beaucoup exploré des lieux fixes : Bonnieux, Cronce, Saorge… À présent, je souhaite déplacer le lieu du poème, aller « voir ailleurs s’il y est ».

J’ai entamé également l’écriture de Cathédrale, un édifice poétique bâti sur l’histoire supposée d’une cathédrale, métaphore de l’œuvre poétique collective.

Quelques autres brouillons attendent de se vinifier, de trouver forme ou de partir grossir ma poubelle.

English Translation

Another question, perhaps too general… I was wondering if you could talk about how your way of thinking about and writing poetry has evolved over the last, say, twenty years? Some of your poems in Éphéméride revolve around the act of writing, while others seem more rooted in matter and daily events. Are these two poles a constant for you?

In twenty years, my approach to poetry has changed, of course. It has matured along with me and benefited from new readings. As I said at the beginning, in my poems I have turned to the act of writing itself. But as writing is part of my daily life, it has no real opposition to the other themes I write about.

Cronce, a village in Auvergne, France
PHOTO COURTESY OF THE AUTHOR

I went through an esoteric period during which I produced hermetic texts. I did not write hermetically solely for the sake of writing hermetically, but to “go through it” and then, using those keys, open other doors to something else.

Autre chose” [“Another thing”] came from meeting my husband, a writer, and therefore a literary person, who told me, “What you write is beautiful, but I do not understand it!” That was quite a critique, so I reoriented my writing toward being more accessible.

Autre chose” [“Another thing”] came equally out of our life, over ten years, in Cronce, an almost improbable place, a tiny village, in the middle of nowhere, a sort of true island of Utopia. Our house was very isolated, way out in the countryside. I was committed to a daily life different from that known in a city — one as close as possible to the seasons, vegetation, animals. A daily life filled with writing (we would say Cronce was our “writers’ residence,” as we had very little contact with the outside world) and simple actions like picking berries, making jam, putting logs in the woodstove. The house was modest, consisting simply of what was necessary. We were separated from consumer society, so the things that didn’t come from that consumer society took on all the more importance to us.

What are your current projects? What themes appear most often in your current writing these days?

I went through an esoteric period during which I produced hermetic texts. I did not write hermetically solely for the sake of writing hermetically, but to “go through it” and then, using those keys, open other doors to something else.

Next year Flammarion will publish Mille grues de papier [A Thousand Paper Cranes], a book as large as Éphéméride. It is built around the story of Sadako Sasaki and the theme of death. It’s a recurring theme in my writings that I have dealt with in all its forms, even ironically and insolently in Où qu’on va après ? [Where Are We Going Next?] (published by Cadex/L’Idée bleue). In Celle [This], my latest book, I give the floor to death. Death becomes the supreme poet because it is she who has the last word.

I also have started a collection called Ferroviaires [Railway], in which I write about ordinary train travel in order to flush out the poetry that one can find when considering apparently mundane things. I have explored many fixed locations in depth: Bonnieux, Cronce, Saorge… Now I want to displace the location — the center — of the poem, go see if it actually resides elsewhere.

I also have started writing Cathédrale [Cathedral], a poetic edifice built on the supposed history of a cathedral, a metaphor for the poetic collective.

Some other drafts are awaiting vinification, to either mature into something useful or fatten my trashcan.

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