Courir de ville en ville et de pays en pays : Vénus Khoury-Ghata,
écrivain français
/ Running from City to City, Country to Country: French Writer Vénus Khoury-Ghata

French

Votre poésie porte de façon fluide la totalité de l’expérience humaine qui englobe le monde de l’imagination, la vie, et la mort comme ils se croisent dans l’acte d’écrire. Ce portrait est éclairé par les passages où votre création de personnages est transparente, comme dans Nettles :

Noircir les pages jusqu’à épuisement des mots et surgissement de ce personnage que
je vois pour la première fois
Je ne connais pas son nom
inutile de le lui demander
il ne sait pas écrire
il ne sait pas parler non plus
il sait seulement qu’il est né du contact de la plume et du papier
du voisinage de deux mots que le hasard a mis côte à côte
il se laisse faire lorsque je l’installe au milieu de la ligne entre un verbe et un objet
mais l’écarte un rien lorsqu’il essaie d’occuper tout le terrain
et fais la sourde oreille lorsqu’il tente de m’entraîner dans l’action
j’ai décidé d’être seule maître du jeu

La dynamique ici est un va-et-vient, une collaboration, vraiment, entre le personnage et l’écrivain, et cette dynamique devient plus compliquée lorsque le personnage est en fait une personne réelle, et le texte autobiographique, comme dans le passage suivant :

Des voix s’élèvent entre les lignes
elles réclament le personnage principal vu sa connaisance cadastrale des lieux
je dis connaissance pour ne pas dire terreur
pour ne pas dire enfouissement sous terre quand le père décidait d’enterrer le fils et
ses poèmes sous les orties

Orties

Orties
PAR Vénus Khoury-Ghata
(Al Manaar, 2010)

Pouvez-vous décrire votre processus de caractérisation et comment le genre littéraire (poésie ou prose) et la nature du personnage (fictive ou réelle) influencent ce processus ?

Nettles ou Orties me fait courir de ville en ville et de pays en pays, devenue une pièce de théâtre. Je l’ai écrit pour ma mère morte qui de son vivant, une fois son ménage terminé, assise sure le seuil de la maison, elle regardait le terrain vague envahi par les orties et leur criait : je vous arrache demain. Un travail remis de jour en jour. Je l’ai imaginée morte, revenant à pied de son village où elle est enterrée, pour affronter les orties qu’elle n’a pas eu le temps d’arracher de son vivant. Orties ou Nettles, la supériorité de la poésie sur la prose. Elle peut rendre raisonnable et faisable ce qui ne l’est pas.


Your poetry portrays a strongly fluid, capacious human experience that encompasses the world of the imagination, life, and death as they intersect in the act of writing. This portrayal is illuminated by the passages in which your creation of characters is transparent, as in Nettles, also translated by Hacker:

Blackening pages till words exhaust themselves and this character
emerges, whom I’m seeing for the first time
I don’t know his name
useless to ask him
he doesn’t know how to write
he doesn’t know how to speak either
he only knows that he’s born of the pen’s contact with the page
of the proximity of two words which chance has placed side by side
He lets me have my way when I park him in the middle of the line
between a verb and an object
but I push him away a bit when he tries to goad me into action

The dynamic here is a back-and-forth, a collaboration really, between character and writer, and that dynamic becomes more complicated when the character is, in fact, a real person, and the text is autobiographical, as in the following passage:

Voices rise between the lines
they demand the main character, given her land-office knowledge of the place
I say knowledge so as not to say terror
so as not to say retreat underground when the father decided to
bury the son and his poems under the nettles

Can you describe your process of bringing a character into life on the page, whether in poetry or prose, fictive or real?

Nettles

Nettles
TRANSLATED FROM THE FRENCH
BY Marilyn Hacker
(Graywolf Press, 2012)

Nettles or Orties makes me run from city to city and country to country like a theatrical production. I wrote it for my dead mother who, once when her housework was finished, sat on the doorstep of the the house and looked at the wasteland overgrown with nettles and cried out to them: “I will dig you up tomorrow!” A chore put off every day. I imagined her dead, returning by foot to the village where she was buried, to confront the nettles that she did not have the time to confront when she was alive. Orties or Nettles, the superiority of poetry over prose. It can make sensible and feasable that which is not.

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