Mère caraïbe / Caribbean Mother

French

Dès la plus lointain enfance
la mer te met en accord cosmique
avec les êtres, les lieux, les plantes,
les animaux, les pierres, les pluies
et les fables enchantées du monde.

C’est l’utérus initial
le passé amniotique
la source chaude au départ
le réel merveilleux
autour du cordon ombilical.

Dès les bancs de l’école
la mer t’apprend
à être toujours de mèche
avec libellules et papillons
poissons et colibris
eaux et galets des rivières
fêtes et souffrances de la vie.

L’école est située sur une falaise
le golfe de Jacmel est son grand voisin bleu
dans la classe la mer caraïbe
nous offre l’ailleurs qui protège de son aura
le prodige indigo du ciel et des vagues
l’éclat contagieux d l’écume associée
au mystère fascinant de la langue française.

La mer lave chaque mot de la vie
que l’aventure de Christophe Colomb
a passé au bouchon brûlé[1] ou à la chaux
des pièges sémantiques : indien,
blanc, noir, mulâtre, jaune !

il y a un grand arc qui vibre
avec la double corde créole
et francophone ; il y a la mer,
médiatrice de la parole française,
qui lie en joyeuse mesure de mère
îles et terres fermes, saveurs
et sortilèges du pays natal ;
il y a l’a b c maternel de la mer
qui met sous tes sandales de poète
son vital élan de sel et de liberté.

RENÉ DEPESTRE, Anthologie personnelle
(Arles, Actes Sud © 1993, pp. 15-16)
REPRINTED WITH GALLIMARD’S AND THE AUTHOR’S PERMISSION

English Translation

From the very beginning
the sea puts you in cosmic harmony
with all beings, all places,
all plants and animals, rocks and rain,
and all of the world’s enchanting stories.

It is the original uterus
the amniotic past
the initial warm spring
magical realism
wound around the umbilical cord.

At your school desk
the sea teaches you
to always be in cahoots
with butterflies and dragonflies
fish and hummingbirds
the waters and pebbles of rivers
revelries and sufferings of life.

The school sits atop a cliff
the Gulf of Jacmel is its vast blue neighbor
in class the Caribbean Sea
offers us the elsewhere which with its aura protects
the indigo wonder of the sky and waves
the contagious radiance of the foam
tied to the fascinating mystery of the French language.

The sea washes away the life in each word
that Christopher Colombus’ adventure
passed onto blackface minstrels or to
whitewashed semantic traps: Indian,
white, black, mulatto, yellow!

There is a grand arc that vibrates
with a double Creole and francophone bow‐string;
there is the sea, mediator of French speech
that like a mother unites in joyful measure
islands and terra firma, flavors
and spells of the homeland;
there is the sea’s maternal abc’s
placing underneath your sandal‐clad poet’s feet
its vital impetus of salt and freedom.


NOTE

  1. Dans les spectacles des ménestrels, les comédiens blancs du Vieux Sud des USA se noircissaient le visage au bouchon brûlé pour offrir sur la scène un portrait mythique de la vie des Noirs sur les plantations nord-américaines.

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