Courir de ville en ville et de pays en pays : Vénus Khoury-Ghata,
écrivain français
/ Running from City to City, Country to Country: French Writer Vénus Khoury-Ghata

French
Anthologie personelle

Anthologie personelle
PAR Vénus Khoury-Ghata
(Actes Sud, 1997)

Romancière et poète libanaise, VÉNUS KHOURY-GHATA est l’auteur de dix-sept romans, dont Une maison aux bord des larmes, La Maestra et Le Facteur des Arbruzzes, ainsi que de seize recueils de poèmes dont le plus récent Où vont les arbres ? (Mercure de France, 2011). Grand Prix de poésie de l’Académie française en 2009, elle a été élevée au grade d’Officier de la Légion d’honneur l’année suivante. Le Prix Goncourt de poésie lui a été décerné en 2011.

Vous êtes un écrivain prolifique, ayant écrit de nombreux livres de fiction et de poésie. Quels sont les défis artistiques et les avantages inhérents à l’écriture dans les deux genres ? Et en pratique, comment répartissez-vous votre temps entre les deux genres ? Travaillez-vous sur les différents livres en même temps, ou un par un ?

Je n’écris jamais de roman et de la poésie en même temps. Deux genres différents. L’écriture du roman, basée sur une intrigue et qui doit raconter les personnages dans toute leur complexité, est très différente de celle de la poésie rétrécie jusqu’au souffle et qui survole situations et personnages pour n’en retenir que l’essentiel. Ecrire un roman revient à escalader une montagne, pas après pas jusqu’au sommet où j’écris le mot « FIN », tel l’alpiniste qui y plante son drapeau.

Vous avez dit que vous écrivez en arabe par le biais du français et vous avez si bien décrit comment un morceau d’écriture se met en place : les lignes arabes de droite à gauche, et les françaises, de gauche à droite. Pouvez-vous parler de votre démarche poétique en ce qui concerne la façon dont ces deux langues vivent en vous ?

Deux langues l’arabe et le français n’ont pas cessé de cohabiter dans ma tête. Le français, compagnon de tous les jours, l’arabe : un resquiller qui se glisse subrepticement dans la langue française pour lui apporter ses images, ses tournures, ses couleurs et son ampleur.

Cette expérience d’exprimer la pensée arabe dans l’écriture française est à un autre niveau dès lors que vous traduisez des textes arabes en français. Comment votre traduction littérale de l’arabe en français diffère-t-elle du type de traduction mentale qui se produit lorsque vous écrivez votre propre travail ? Est-il moins intime, peut-être, parce que le texte original n’est pas le vôtre ?

L’arabe s’impose spontanément au français quand j’écris pour moi-même malgré l’impression que ces deux langues se battent dans ma tête, chacune voulant imposer sa forme à l’autre. Le problème devient différent lorsque je traduis les poètes arabes et notamment le poète Adonis. La langue française s’étant rétrécie avec le temps (rien à voir avec la langue ample et gourmande de Rabelais), je suis obligée de sacrifier des métaphores et des adjectifs devenus haïssables et ringards dans la littérature française d’aujourd’hui. Mon travail de traductrice est beaucoup plus fatigant, je dois recréer le poème tout en gardant son sens. Traduire littéralement est ridicule. La langue française et la langue arabe n’ont pas la même esthétique. Ce qui est beau dans l’une ne l’est pas forcément dans l’autre.


Anthologie personelle

Anthologie personelle
BY Vénus Khoury-Ghata
(Actes Sud, 1997)

Lebanese poet and novelist, long-time Paris resident VÉNUS KHOURY-GHATA is the author of seventeen novels, including Une maison aux bord des larmes, La Maestra, and Le Facteur des Arbruzzes, and sixteen collections of poems, most recently Où vont les arbres ? ( (Mercure de France, 2011). Four collections of her poems and one novel are available in English in Marilyn Hacker’s translation. Recipient of the Grand Prix de poésie de l’Académie française in 2009, she was named an Officer of the Légion d’honneur the following year. She received the Prix Goncourt de poésie in 2011.

You are a prolific writer, with numerous books of fiction and poetry. What are the artistic challenges and rewards of writing in two genres? How do you divide your time between the two — do you work on different books simultaneously, or one at a time?

I never write a novel and poetry at the same time. They are two different genres. Novel writing, based on a plot and a narrator who has to describe the characters in all their complexity, is very different from that of poetry, which is a thin breath, a speaker skimming over situations and characters only to retain what is essential. Writing a novel amounts to climbing a mountain: step by step up to the summit where I write the word END like a mountaineer planting his flag.

You have said that you “write in Arabic by means of French” and once described how a piece of writing comes into being: Arabic lines from right to left, French from left to right. Can you speak to your poetic process as it relates to the way these two languages inhabit you?

The two languages have not stopped living together in my head. French, my daily companion, and Arabic, a freeloader who slips surreptitiously into my French to bring in its images, its turns of phrase, its colors and amplitude.

This experience of expressing Arabic thought in French writing is taken to another level when you translate Arabic texts into French. How does literally translating Arabic into French differ from the kind of mental translation that happens when you write your own work? Is it less intimate, perhaps, when the original writing is not your own?

Arabic spontaneously imposes itself on French when I write my own work, despite the impression that these two languages fight against eachother in my head, each one wanting to impose its form on the other. The problem becomes different when I translate Arabic poets, especially the poet Adonis. The French language is being narrowed over time (it has nothing to do with the sweeping, gourmet language of Rabelais); I am obliged to sacrifice metaphors and adjectives that have become hateful and tacky in the French literature of today. My translation work is much more tiring; I have to recreate the poem while also maintaining its meaning. Literal translation is ridiculous. The French language and the Arabic language do not have the same aesthetic. That which is beautiful in one is not necessarily so in the other.


Page 1 of 3 1 2 3 View All

Printed from Cerise Press: http://www.cerisepress.com

Permalink URL: http://www.cerisepress.com/05/13/french-writer-venus-khoury-ghata

Page 1 of 3 was printed. Select View All pagination to print all pages.